Image

 

La Déclaration de Leonard pour la Journée des Autochtones 2012 (12 octobre 2012)

Traduction Christine Prat

Je salue mes parents et amis, vous qui me soutenez !

Je sais que je répète cette phrase tout le temps, mais en réalité, vous êtes tous mes parents et je vous apprécie. Je ne pourrais jamais le dire assez. Certains membres de notre peuple, tout comme nous-mêmes ont décidé d’appeler ce jour Journée des Autochtones au lieu de Columbus Day [ Journée de Christophe Colombe ] et cela me fait vraiment penser à comment tant de gens peuvent encore célébrer Colombe, un tueur de masse cruel, qui lors de son dernier voyage aux Amériques, d’après ce que j’ai lu, a été arrêté par ses propres hommes pour avoir été trop cruel. Quand vous considérez toutes ces sortes de cruauté contre notre Peuple et son statut, vous vous demandez jusqu’à quel niveau il avait porté sa cruauté. Et avec tout ce savoir historique accessible, des gens veulent encore célébrer et tenir en haute estime ce meurtrier.

Si nous devions célébrer une Journée de Hitler, ou de Mussolini, ou autre meurtrier et auteur de violence et de génocide, çà susciterait une vague de condamnation générale. Ce serait comme célébrer la Journée de Bush en Iraq. C’est triste à dire, mais le fait de mentionner Colombe dans mes commentaires lui accorde aussi plus de reconnaissance qu’il ne faudrait. Donc je suis d’accord de tout mon cœur avec tous ceux d’entre vous là-bas qui ont choisi d’appeler ce jour la Journée des Autochtones. Si je n’étais pas Amérindien, ou comme certains disent maintenant – Autochtone, j’aimerais quand même nos traditions et je me tiendrais à nos traditions et je chérirais nos traditions. Je vois nos traditions comme la voie pour le futur, pour le monde. Avec d’autres, j’ai dit et répété, et notre Peuple avant nous, cette terre est notre Mère. Cette terre est la vie. Et tout ce que vous prenez à la terre crée une dette qui devra être payée un jour dans le futur par quelqu’un.

En parlant de nos traditions, je ne peux m’empêcher de penser aux moments passés dans notre tente de sudation [sweat lodge] au cours desquels je ressens que nous pourrions être n’importe où, que nous sommes avec les Peuples Autochtones, à ce moment, dans ces moments de nos prières et dans nos cœurs il n’y a pas de distance entre nous. Je ne suis plus en prison en Floride. Je peux être sur la prairie dans le Dakota du Sud ou dans une tente en Colombie Britannique ou en Amérique du Sud. Ou même avec certains de mes enfants dans la tente de sudation familiale. Nous devons tous être pleins de gratitude pour ce que nous avons mais nous ne pouvons pas nous permettre d’oublier ce qui nous a été pris. Il n’y a aucun degré de liberté que je pourrais recevoir personnellement qui pourrait constituer une restitution suffisante pour tout ce qu’ils m’ont pris. Mais si d’une certaine manière mon incarcération et mes sacrifices pour ceux de notre Peuple qui étaient là avant moi et tout au long de notre histoire Autochtone peut servir de voie pour un futur plus brillant, une terre plus saine, et pour la vie de toute l’humanité ; si çà pouvait nous rassembler dans une vision unifiée pour protéger le futur de notre Peuple, de nos enfants et de toutes les générations futures sur la terre, alors çà aura largement valu la peine.

La Journée Autochtone devrait devenir une manière de vivre comprenant tout ce qui défend la vie, pas seulement quelques jours par an. Si vous êtes d’une manière ou d’une autre avec quiconque vit autour de vous, embrassez ceux que vous aimez de ma part. Protégez votre liberté avec zèle. Sauvez Notre Mère la Terre où vous pouvez. Faites souvent la cérémonie de sudation et sachez que cet homme ordinaire, Leonard Peltier, sera toujours avec vous dans la lutte, d’une manière ou d’une autre.

Que le Grand Esprit vous accorde les choses dont vous avez besoin, en quantité suffisante pour partager.

Dans l’esprit de Crazy Horse, Osceola, Geronimo, Chief Seattle et tous les nombreux autres qui ont lutté pour ce qui est juste et tenté de redresser ce qui était mal.

Mitakuye Oyasin.

Leonard Peltier

 

Source: http://www.chrisp.lautre.net