Longtemps sinistrée par le chômage et la pauvreté, la
réserve indienne de Fort Berthold, dans le Dakota du Nord, vit un boom
pétrolier qui lui a apporté en à peine plus d’un an des millions de
dollars, des emplois et surtout de l’espoir.

"Il y a sans doute
ici plus d’opportunités que les gens n’en ont vues tout au long de leur
vie", souligne Marcus Levings, président des Trois tribus affiliées, qui
regroupent les peuples Mandan, Hidatsa et Arikara.

Cette nation a
été installée au XIXe siècle par le gouvernement fédéral dans le
centre-ouest du Dakota du Nord. "S’ils avaient su qu’il y avait de
milliards de barils de pétrole, ils ne nous auraient jamais placés
ici!", remarque Spencer Wilkinson Jr., directeur général du casino Four
Bears, situé sur la réserve.

Le territoire des Trois tribus
affiliées s’étend sur plus de 1.500 kilomètres carrés. Il recouvre une
partie de la formation de Bakken, un schiste bitumineux dont on peut
extraire du pétrole. D’après l’Institut géologique américain, ce
gisement contient l’équivalent de 4,3 milliards de barils.

Les
plaines au-dessus de cette manne d’or noir étaient parsemées de
logements en préfabriqué et de petits troupeaux de bétail. Depuis qu’un
accord a été conclu en 2008 avec les autorités fédérales sur les règles
de forage, les compagnies pétrolières y ont érigé des dizaines de
derricks. Elles ont aussi commencé à forer sous le lac Sakakawea, un
immense réservoir que le gouvernement fédéral avait créé dans les années
1950 en inondant un dixième de la réserve.

Depuis le début de ce
boom pétrolier, plus de 179 millions de dollars (132 millions d’euros)
ont été versés à la tribu et à ses membres, selon les registres des
Trois tribus affiliées. Des millions de dollars supplémentaires affluent
également sous forme de redevance et d’autres revenus fiscaux.

Des
membres de la nation qui étaient partis travailler ailleurs reviennent à
Fort Berthold. Chuck Hale en fait partie. Il est revenu chez lui, près
de New Town, et est désormais employé sur un champ pétrolifère. "Le
travail est dur et il fait drôlement froid", confie-t-il. "Mais ça vaut
le coup", assure-t-il, faisant allusion au bon salaire qu’il perçoit.

Marcus
Levings, président des Trois tribus affiliées, explique que l’argent de
la manne pétrolière va être utilisé pour rembourser les dettes de la
tribu mais aussi investir dans les infrastructures routières, le système
de santé et le maintien de l’ordre.

La nation touche entre 60 et
70 millions de dollars (entre 44 et 52 millions d’euros) de subventions
du gouvernement fédéral chaque année, auxquels viennent désormais
s’ajouter les revenus pétroliers. "C’est l’occasion pour nous de nous
aider nous-mêmes autant que nous sommes aidés", souligne M. Levings.

Des
12.000 membres de la tribu, environ 4.500 vivent dans la réserve.
D’après les dernières statistiques disponibles, en 2000, 28% de la
population vivait sous le seuil de pauvreté et plus de 40% était au
chômage.

Dans les années 1990, environ 200 emplois ont été créés
grâce à l’ouverture du casino Four Bears. Cependant, l’impact du tout
récent boom pétrolier est sans commune mesure. A présent, "tous ceux qui
veulent travailler le peuvent", affirme M. Levings. Outre les emplois
directs, sur les tours de forage notamment, il faut aussi compter les
emplois indirects, dans le transport routier par exemple.

Des
dizaines de puits ont déjà été creusés et plus de 500 pourraient être
exploités d’ici cinq ans.

Rose Marie Mandan, qui avait quitté la
réserve il y a plus de 50 ans pour trouver du travail, a regagné Fort
Berthold. Cette retraitée de 80 ans explique que les revenus pétroliers
lui donnent "un joli petit matelas" pour vivre confortablement. Elle
s’inquiète cependant de l’effet que cette soudaine richesse pourrait
avoir sur les autres membres de la tribu. "C’est bien uniquement si les
gens savent utiliser cet argent", note-t-elle.

Spencer Wilkinson
Jr, le directeur général du Four Bears, assure avoir conseillé aux aînés
"de s’amuser au casino mais de ne pas tout y dépenser". "Je leur ai dit
d’investir dans quelque chose d’utile comme (…) leur maison, leurs
enfants et leurs petits-enfants et de les envoyer à l’université". AP