UNE RÉSERVE INDIENNE AUJOURD’HUI:

Éliminons les clichés tout de suite: pas de tipis dans la réserve. Ni
de barbelé la délimitant. Les Sioux -plus précisément les Lakotas-
habitant dans la réserve de Pine Ridge tiennent plus de l’archétype du
cowboy que de l’indien.

15 JANVIER 2010
TEXTE: LAURE GRUEL ET STEPHANE MOIROUX
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Par contre, la pauvreté et l’alcoolisme, autres stéréotypes habituels, sont plus difficiles à balayer.

Malgré la prohibition de l’alcool sur ce territoire, nombreux sont ceux
qui partagent les difficultés de l’alcoolodépendance. Le chômage
avoisine les 85% et plus de la moitié de la population vit sous le
seuil de pauvreté. Tous les mois, des rations de nourriture sont
distribuées.

Restons dans les statistiques désagréables. Le taux de suicide, comme
celui de la mortalité infantile, est quatre fois plus élevé que la
moyenne nationale et l’espérance de vie y est de 48 ans pour les
hommes, à peine plus pour les femmes. Mais les chiffres sont
difficilement vérifiables lorsque l’on parle de Pine Ridge. Même le
nombre de ses habitants varie selon les sources: 18000, 28000, 40000…

En 1889, le « camp de prisonnier 134 » devint officiellement la « Pine
Ridge Indian Reservation ». En fournissant terrains, chevaux et
matériel, elle était censée aider les Lakotas à devenir des fermiers.
Sa création était également un pratique moyen de garder un œil sur ces
indiens, difficilement coopératifs. Le bureau des affaires indiennes
était alors omniprésent et unique décisionnaire. Les Lakotas devaient,
par exemple, s’y référer pour obtenir une autorisation de sortie
temporaire de la réserve. Par la suite, une relative indépendance leur
fut accordée, en 1934, avec la création des conseils tribaux.
Constituée de vingt-quatre membres, éligibles tous les deux ans, cette
assemblée a pour mission de gérer la police, l’administration, les
routes… En fait, c’est plutôt la corruption de cette instance que les
indiens rencontrés évoquent.

A l’extérieur, la réserve a mauvaise réputation. Il faut dire que son
histoire est particulièrement chargée. Au début des années soixante
dix, le président du conseil tribal, Mr. Wilson, mit sur pied une
milice -les Goons- chargée de mettre de l’ordre chez les « full blood
»: des indiens, génétiquement très indiens. Plusieurs furent
assassinés. Les traditionalistes appelèrent l’AIM (American Indian
Mouvement) au secours et un blocus commença, sur le lieu même du
massacre de Wounded Knee (lire article précédent). L’armée américaine
intervint. Les chefs indiens aussi. Ces derniers, s’ils n’avaient plus
de rôle officiel, restaient écoutés et respectés. Quatre personnes
furent tuées (deux agents du FBI et deux indiens). La commission
d’enquête promise sur l’activité de Wilson ne fût jamais menée.

Cependant, ce conflit permit à l’Amérique de se rappeler l’existence de
ses natifs et les Lakotas eurent à nouveau le droit de pratiquer leur
spiritualité. Depuis, on assiste à un renouveau religieux et
identitaire. Candice, tout en avalant son « indian’s tacos » à cinq
dollars, nous explique la vision holistique des Sioux. Tout est lié,
tout est un. Les Lakotas utilisent la roue de la médecine, un cercle
qui symbolise le lien entre esprit, émotions, physique et spiritualité.
Candice insiste, il faut commencer par le coté spirituel. Prières,
chants, danses, cérémonies. Si beaucoup de changements ont été apporté
par les occidentaux, certaines valeurs et institutions traditionnelles
furent préservées. Ainsi medecine men (guérisseurs) et gangs sont aux
deux extrêmes de l’éventail identitaire des Lakotas aujourd’hui. En
fait beaucoup d »indiens oscillent entre la voie occidentale et la voie
originelle. Certains sont même appelés ironiquement « apples »: rouges
à l’extérieur et blancs à l’intérieur, des natifs mettant en avant leur
faciès indien, pour les touristes, mais restant spirituellement plus
proche de la philosophie des Blancs.

D’ailleurs la radio locale, kiliradio, reflète plutôt bien ce mélange
culturel. Entre deux émissions de prévention sur l’alcoolisme ou le
suicide, les chants traditionnels succèdent à la country, à la pop
anglaise et au rock des années soixante-dix. Ce matin, deux humoristes
ironisaient sur les femmes, G.W. Bush et les cérémonies traditionnelles.

Par périodes, quelques touristes peuplent la réserve. Là non plus, pas
d’homogénéité. Certains sont en mal de folklore, d’autres pratiquent le
« tourisme mystique » et enfin quelques-uns, plus rares, sont dans une
réelle recherche spirituelle que le mode de vie occidental ne semble
pas pouvoir leur offrir.

La radio locale, kiliradio, reflète plutôt bien ce mélange culturel.
Entre deux émissions de prévention sur l’alcoolisme ou le suicide, les
chants traditionnels succèdent à la country, à la pop anglaise et au
rock des années soixante dix. Ce matin, deux humoristes ironisait sur
les femmes, G. W. Bush, et les cérémonies traditionnelles.

Ghosts of Wounded knee, Aaron Huey ( photo) Matthew Power in Harper’s ,
décembre 2009, édité par le harper’s Maasine foudation, New york.